À la rencontre d’Alex Foxton, le peintre queer qui se réapproprie le corps masculin

Armé de ses pinceaux, l’artiste anglais se prend de fascination pour le corps de l’homme, qu’il interprète sans cesse à travers son art. Une véritable marotte qu’il met une nouvelle fois en lumière dans l’exposition collective Eyes Closed.

S’il y a bien un dénominateur commun dans les œuvres d’Alex Foxton, c’est, de toute évidence, son attrait pour la figure masculine. Au gré de ses peintures, il semble vouer une obsession perpétuelle à l’homme, à ses formes, à son énergie. “Je ne sais jamais comment l’expliquer, souligne l’artiste. Mais il y a deux pistes : la première, c’est que je suis gay donc il y a surtout du désir. L’autre, c’est que je suis un homme, donc il y a une idée de projection. Je pense que c’est cette tension entre les deux qui fonctionne et qui m’intéresse”.

Pour autant, cette inclination artistique a toujours été présente, et ce dès son plus jeune âge. Il se remémore volontiers son enfance passée dans l’est de l’Angleterre, période au cours de laquelle il se découvre un intérêt pour le dessin. Les pinceaux arrivent un peu plus tard. “Mes parents avaient gardé une peinture que j’avais faite sur papier quand j’avais 17 ans, évoque-t-il. C’était le torse d’un homme. Je n’aime pas du tout cette peinture et elle ne ressemble en rien à ce que je fais maintenant mais c’était déjà quelque chose qui avait trait au masculin”. Après l’adolescence, Alex Foxton délaisse un peu ses aquarelles. Et pour cause : sa carrière de designer est en plein décollage.

Crédit photo : Claire Dorn / Courtesy the artists and Perrotin

Diplômé de Central Saint Martins après de longues études de mode, il déménage et pose ses valises à Paris en 2006 afin de travailler chez Louis Vuitton. C’est suite à plusieurs années passées là-bas qu’il relocalise à Milan pour un nouvel emploi. “Je m’ennuyais beaucoup, confie le peintre. Je passais la plupart de mes journées dans un bureau et j’étais vraiment frustré sur le plan créatif donc je pensais sérieusement à retourner à Paris pour devenir artiste”. Alors qu’on lui propose de rejoindre la Maison Margiela au sein de la ville lumière, il voit une aubaine qu’il ne peut refuser. De retour en terres parisiennes, Alex Foxton reprend ses aises. Et c’est là, petit à petit, que le dessin refait son apparition. Comme une bénédiction.

Une sensibilité propre

“À l’époque, je vivais dans un petit appartement du Marais et j’avais une table à côté de mon lit où je dessinais sur des petits morceaux de papier, nous décrit-il. Puis, j’ai commencé à peindre avec de l’aquarelle”. De façon instinctive, il redécouvre ainsi une passion adolescente. Et partage dans la foulée ses œuvres sur Instagram, où il se voit inondé de réactions positives. Il troque alors les feuilles blanches pour des toiles plus larges. Selon la suite logique des choses, il se déniche un atelier en périphérie, à Montreuil plus précisément. “C’est un lieu vraiment inspirant, avance-t-il. C’est une énergie différente de celle de Paris. Il y a toujours du mouvement et une grande diversité au sein de la population. Quand je suis là-bas, je me sens loin de chez moi, même si je ne suis qu’à dix minutes en vélo de mon domicile en réalité”.

Dans ce studio où ses esquisses et ses toiles font bon ménage, le peintre est épanoui. Et s’il assure que son procédé créatif varie, il reconnaît avoir un fonctionnement assez récurrent. “J’ai une idée que je veux explorer, souvent sans trop savoir pourquoi, explique-t-il. Ensuite, je fais un peu de recherche et j’enchaîne avec beaucoup de dessins, comme des brouillons”. Grâce à WhatsApp, il nous laisse zieuter ces fameux croquis approximatifs, que l’on ne peut s’empêcher d’admirer. Ensuite, vient l’étape de la peinture sur toile. Il avoue d’ailleurs ressentir une préférence pour le rose, un tantinet perceptible dans ses derniers tableaux. “C’est évidemment la couleur gay, elle évoque le triangle rose, devine-t-il. Et c’est aussi la couleur des petites filles, ce qui est intéressant pour un homme au début de la quarantaine [rires]”.

Crédit photo : Claire Dorn / Courtesy the artists and Perrotin

En parlant de son identité sexuelle, Alex Foxton a l’impression qu’il existe une sorte de sensibilité gay dans le milieu artistique, sans trop être capable de la définir. “Mais j’espère qu’on la ressent à travers mes travaux”, précise-t-il. De fil en aiguille, il admet que cet aspect-là de sa personne n’a pas toujours infusé dans ses peintures. Ou, en tout cas, pas consciemment. “Quand j’étais ado, personne à la télévision n’était gay ou s’il y en avait, c’était des hommes qui mouraient du sida ou qui menaient une existence misérable, se souvient-il. C’était comme un avertissement. Et bien que j’aie des parents compréhensifs et tolérants, il m’a fallu beaucoup de temps pour vraiment exprimer ma sexualité à travers mes œuvres”.

Un parcours toujours florissant

En parallèle de ses entreprises picturales, il faut savoir qu’Alex Foxton officie à mi-temps en tant que designer chez Dior pour la collection hommes. “C’est assez difficile de jongler entre ces deux carrières, concède-t-il. Ça demande beaucoup d’efficacité”. Cependant, il reconnaît que ces deux facettes de son quotidien sont assurément complémentaires. “Je pense que les deux se nourrissent l’une de l’autre, dit-il. Travailler dans la mode m’a notamment donné une certaine discipline qui n’est pas innée chez moi. Grâce à ça, je travaille vraiment bien sous la pression, ça me booste et je sais comment organiser mon temps”.

Crédit photo : Claire Dorn / Courtesy the artists and Perrotin

Ces dernières semaines, le peintre anglais était focalisé sur Eyes Closed, l’exposition désormais présentée à la galerie Perrotin dans le 3ème arrondissement. Un projet collectif où chaque artiste impliqué s’amuse à offrir en peinture sa vision de l’onirisme. “La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est Macbeth de Shakespeare, nous explique-t-il. J’ai réalisé que les rêves et les hallucinations occupaient une place importante dans cette pièce et ça reflète ma perception des rêves. Je les vois comme des prédictions ou des manifestations de désir”. Et inévitablement, il n’a pas attendu pour se réapproprier la figure masculine.

L’exposition Les Yeux Clos (Eyes Closed) est à voir jusqu’au 27 mars 2021 à la galerie Perrotin.

Crédit photo : Claire Dorn

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