« C’est fou… ou plutôt, non, c’est normal » : après le vote de la PMA, le soulagement des lesbiennes

L’ouverture en France de la PMA aux femmes seules et aux couples de lesbienne a enfin été votée ce mardi 29 juin 2021. Un immense poids en moins sur les épaules des nombreuses femmes concernées.

“J’ai littéralement sauté de joie !” Comme beaucoup de femmes, Lili-Rose attendait de longue date l’ouverture en France de la procréation médicalement assistée (PMA) aux célibataires et aux couples de femmes. Mesure phare de la loi bioéthique, la PMA pour toutes ces femmes a enfin été votée ce mardi 29 juin. À 17 ans, Lili-Rose ne pense pas encore à avoir un enfant “mais le simple fait de savoir que si j’en ai envie, j’y ai enfin droit, c’est vraiment incroyable”, se réjouit la jeune lesbienne.

“C’est un budget qu’on va pouvoir mettre dans l’éducation de notre enfant plutôt que dans sa conception”

Une avancée concrète pour un grand nombre de femmes désireuses d’être mères, tout de suite. C’est le cas de Jade, 33 ans, pacsée avec sa compagne depuis quatre ans. Actuellement, elles sont en plein travaux. Elles en profitent pour décorer une chambre en vue d’un heureux événement, voire deux – un chacune. “Jusqu’à ce que je la rencontre elle, je n’avais pas envie d’avoir des enfants, se souvient dans un sourire la jeune femme. C’est peut-être que c’est la bonne personne, ou alors c’est l’horloge biologique qui tourne !”

Soulagement et fierté

Et justement, comme la situation stagnait depuis des années en France, elles avaient commencé à se renseigner à l’étranger, épaulées par des amies qui étaient passées par là. “On était même en processus pour faire un petit bébé danois. Finalement, on est bien contentes de pouvoir soutenir la France dans son évolution des mentalités”, se félicite Jade aujourd’hui. Pouvoir concevoir ce bébé ici, c’est en effet une lourde charge qui quitte ses épaules, que ce soit en termes de stress ou de poids financier : “C’est un budget qu’on va pouvoir mettre dans l’éducation de notre enfant plutôt que dans sa conception.”

“Je peux enfin faire la même chose que n’importe quel mec”

Plus important encore, c’est un droit fondamental auquel elles ont désormais accès. “Maintenant, on peut avoir une famille dans notre pays. Et en tant que femme, je peux enfin faire la même chose que n’importe quel mec, c’est-à-dire entrer dans une mairie et dire ‘Bonjour, je viens reconnaître mon enfant'”, annonce Jade avec fierté.

Si Chloé, âgée d’une vingtaine d’années, s’est également pacsée récemment avec celle qui partage sa vie depuis quatre ans, elle n’en est pas encore au stade des démarches pour avoir un enfant. Toutefois, la maternité et la PMA étaient des sujets qui lui tenaient à cœur. “Même si je suis lesbienne, j’ai toujours voulu avoir un enfant, le porter et vivre la maternité. Avec ma copine, on ne voulait pas passer à côté.” Elles se sont même renseignées sur la marche à suivre en Belgique et en Espagne. Pour trouver des informations fiables, c’est souvent la jungle. Alors, Chloé est passée par le biais d’influenceuses Instagram ayant eu recours à une PMA à l’étranger. Elle cite par exemple @marieclemenceb, @demande_a_tes_meres ou encore @leacr.

Verre à moitié plein, verre à moitié vide

Obéline ne s’est pas encore remise de la nouvelle : “Ça y est, on peut faire les démarches en interne, dans notre pays ! C’est juste fou… ou plutôt, non, c’est tout simplement normal”, se reprend-elle. La jeune femme de 22 ans comptait bien, quoi qu’il arrive, avoir recours un jour à une PMA. Elle est simplement rassurée de pouvoir le faire sans avoir à se rendre à l’étranger. “Nos familles existent déjà depuis longtemps et je sais que j’élèverai mes enfants dans l’amour, le respect et la bienveillance.” Même constat pour Lili-Rose qui regrette, au XXIe siècle, “d’éprouver un sentiment de soulagement par rapport à un droit fondamental : être parent”.

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Obéline se montre sceptique quant à la signification de ce moment qui, pour elle, ne signifie pas forcément une évolution de la société française. Elle est d’avis que cette dernière “a encore beaucoup de mal à comprendre” beaucoup de questions LGBTQI+. Pour d’autres, dont Jade, il s’agit bien d’une avancée indiscutable. Elle en veut pour exemple son adolescence dans les années 90. À l’époque, elle n’envisageait pas de parler de son attirance pour les femmes. “J’ai lu un TÊTU en cachette une fois, quand j’étais gamine, et ça m’a laissée avec beaucoup plus de questions sur moi-même que de réponses, se souvient-elle. Quand je vois comment nos ados peuvent grandir et se construire aujourd’hui, quand je vois comment je peux construire ma vie de femme aujourd’hui, je mesure tout le chemin qui a été parcouru.”

“Il faut encore que nos sœurs trans soient aussi incluses”

Ce 29 juin, remarque Obéline, quatre membres de la droite LR ont voté pour le projet de loi : “Ça n’aurait pas été pensable il y a 10 ans”. Elle repense notamment à la Manif pour tous “qui niait juste le droit aux personnes non-hétérosexuelles d’être en couple et d’avoir le droit de se marier, de montrer leur amour et de sécuriser leur patrimoine pour leurs descendants”. Avec des failles dans la voix, elle se souvient des images de 2013, “d’une violence rare, que ce soit émotionnellement ou physiquement”, et qui l’ont marquée.

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Cependant, si l’heure est aux réjouissances, aucune n’oublie les personnes qui restent “exclues de cette loi”. “Il faut encore que nos sœurs trans soient aussi incluses”, rappelle Jade. Obéline abonde : “Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, notamment pour les personnes transgenres mais aussi la méthode ROPA.” Cette dernière consiste à féconder l’ovule de l’une des partenaires puis de transmettre son embryon à l’autre femme du couple, qui mène la grossesse à terme. Logique, et toujours pas dans la loi.

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Crédit photo : illustration, Ave Calvar/Unsplash

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