Comment je suis devenu le patron d’un des plus gros sex shop gay de Paris

Pascal a démarré dans le métier à l’époque des VHS. Il a commencé par produire trois “films de boules”. Depuis, il est à la tête de l’un des plus gros sex shop gay de Paris, un espace de cruising et une plateforme de grossiste. Il explique à TÊTU comment il est arrivé à passer sa vie entouré de sex toys.

Mon métier, c’est de dénicher des talents. J’adore partir au bout du monde pour trouver LE gode qui plaira à tous les Parisiens. D’ailleurs, les plus beaux sont chez nous. Mais ce qui m’intéresse le plus, ce sont les cockrings et les ball strechers, surtout, quand ils sont en acier… Mais cette drôle de passion je ne l’ai pas toujours eue. D’ailleurs, je n’avais pas du tout prévu de finir dans les articles X. Étudiant, j’ai fait une fac de droit, de l’éco et de la psycho à la Sorbonne ! Mais j’ai toujours été entrepreneur dans l’âme, j’aime les défis et me lancer dans des projets un peu fous.

Quand j’ai commencé ma carrière, je produisais quelques courts métrages pour Canal+ et des pubs ou programmes de communication. Canal avait besoin de programmes courts parce qu’il n’y avait pas de publicité. On a fait des choses grandioses, notamment un clip de communication pour les jeux olympiques. Un jour, mon boyfriend m’a proposé de faire un plan à trois. Il se trouve que le gars en question, très beau, racontait qu’il voulait être acteur, mais acteur d’un genre bien particulier… Il voulait bosser dans le X.

La fibre commerciale

Il savait que j’avais déjà produit des courts, que je savais m’occuper de coordonner des décors, faire des castings, etc. Alors, il m’a demandé de le produire et j’ai tout de suite accepté. C’était marrant ! Au total, j’en ai fait trois. J’aimais bien la partie commerciale de la vente d’un film, aller dans des salons, à Berlin ou Los Angeles, ça m’a fait voyager.

J’en ai assez rapidement parlé à ma famille et mes amis. Ils savent que je suis quelqu’un qui fonce quand j’ai quelque chose en tête, et que si je me lançais là dedans, c’est que j’y avais vu un potentiel de croissance, tout en me faisant plaisir. Ma famille est très curieuse et ouverte d’esprit, ils ont tout de suite compris que ça me plaisait. Malgré tout, je préférais la partie commerciale à la production.

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C’est comme ça que j’ai fondé ma société, Dark Ink. Comme je m’étais fait un petit réseau, j’ai commencé à distribuer des films allemands qui cartonnaient. À l’époque, c’était la VHS, il faut s’imaginer, il n’y avait pas internet, la préhistoire ! J’étais un distributeur : j’achetais et revendais des films rares et de niche pour tous les sex shop de Paris, puis dans toute l’Europe et aux États-Unis.

IEM, les grands magasins du cul

J’adore analyser les modèles économiques et voir comment les gens font leur business. À Paris, fin des années 1990, début des années 2000, IEM a révolutionné le sex shop en créant les grands magasins du cul ! Michel a totalement dépoussiéré l’image lugubre du sex shop. Nous nous sommes tout de suite entendu, on partageait la même passion. Il a commencé à distribuer des choses qu’on ne voyait nulle part ailleurs. Et notamment… du lubrifiant ! À l’époque, on crachait dans notre main. Alors qu’IEM a été le premier à démocratiser le lubrifiant à Paris, j’en ai envoyé aux quatre coins du monde.

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Avec l’arrivée d’internet, le marché du fétiche a littéralement explosé. On a compris que les gays étaient prêts à mettre le prix lorsqu’il s’agissait de leur kink et on a pu toucher les gays de toute la France et en Europe. L’arrivée des tubes a démocratisé les pratiques, notamment le BDSM. Alors, les catalogues des sex shop ont évidemment suivi.

Dès que le vent a tourné et que le vente de DVD se tassait, je me suis mis à importer et à exporter d’autres produits – aux États-Unis notamment, où je réalise 40% de mon chiffre d’affaire. Par exemple, le lubrifiant, IEM l’avait démocratisé à Paris et moi j’en ai proposé à des sex shop de toute l’Europe.

Et le sex shop devint tendance

À ce moment, le plaisir s’ouvre également aux femmes, alors on produit des godes de plus petites tailles, moins impressionnants et agressifs. On leur a proposé également le lubrifiant, et elles ont adoré ! Ce que j’aime bien dans ce métier, c’est qu’il faut constamment se réinventer. Vers 2005, il se trouve que la plupart des propriétaires de boutiques étaient âgés et ils ont passé la main à leurs enfants qui ont compris que le sex shop ne devait pas être un lieu où on entrait en baissant la tête. Avec la jeune génération et Internet, on ne devait plus avoir honte d’utiliser un gode ou un plug.

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Du B2B (business to business, grossiste) je me suis mis au B2C (business to customer, du professionnel vers des clients particuliers). J’ai fait l’acquisition du Boxxman en 2015. J’ai tout de suite vu le potentiel de cet endroit, je pouvais enfin présenter tout mon catalogue. Il y a un grand sous-sol que nous avons aménagé en lieu de cruising, on a installé un véritable système son. On voulait que ce soit un lieu jeune, où l’on venait pour le sexe, mais aussi pour papoter, un lieu de rencontre. Et il y avait de la demande !

Se réinventer avec le confinement

Maintenant, je fais environ un tiers de mon chiffre d’affaire sur l’activité de cruising, un tiers sur le poppers et le dernier tiers avec la boutique. Avec le confinement du printemps, l’activité s’est arrêtée du jour au lendemain. Je travaillais avec des coursiers qui me permettent de livrer les autres sex shop, mais eux aussi étaient fermés. Alors, j’ai décidé de lancer un service de livraison par coursier, ça a bien fonctionné.

Ce système permet un anonymat que certains clients ont apprécié, certains en ont profité pour découvrir les godes. Les gens commencent à avoir l’habitude de se faire livrer leur nourriture, leur colis, alors pourquoi pas les articles de sexe.

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C’est fou, notre téléphone n’a pas arrêté de sonner, on a travaillé nuit et jour. Les gens appelaient pour avoir des conseils et avaient besoin de discuter. Je me suis même fait deux véritables amis. Mais globalement, les clients sont assez désespérés de ne pas pouvoir accéder à la partie de cruising. Il y en a un qui m’a appelé pour savoir si on était ouvert pour Noël ! Comme quoi, on doit aussi être un commerce essentiel !

 

Crédit photo : Unsplash / Andrew Wulf

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