CONFESSIONS & CONFESSIONS : LE TESTAMENT D’AMOUR de Jon Garcia : amour gay interdit chez les mormons

En 2012, Jon Garcia dévoile son premier long-métrage, Confessions (The Falls en VO). L’histoire d’un jeune garçon tout juste sorti de l’adolescence, RJ (Nick Ferrucci), ayant grandi dans une famille de mormons. La religion est au cœur de sa vie depuis le plus jeune âge et il compte y consacrer le reste de ses jours. On l’envoie dans une sorte de formation pour mettre à profit sa foi et tenter de recruter de nouveaux membres pour l’Eglise. C’est pour ce garçon un peu naïf l’occasion de s’éloigner pour la première fois de sa famille.

Il va partager sa chambre avec un autre mormon de son âge, Chris (Benjamin Farmer) . Ils deviennent très vite amis et se soutiennent alors que leur quotidien n’est pas toujours des plus évidents (il faut se lever tôt, beaucoup prier, faire face aux réactions méprisantes ou parfois agressives des gens à qui ils essaient de prêcher leur bonne parole en les accostant dans la rue ou en allant sonner chez eux). Pour RJ, les premiers jours sont très stimulants, formateurs : il admire la passion de Chris, son enthousiasme. Mais ce dernier finit par sécher quelques groupes de parole, se renferme peu à peu sur lui-même.

Le trouble qui le gagne est le même que celui qui tourmente RJ alors qu’il refuse de l’admettre. Les deux camarades de chambre sont homosexuels. Une sexualité que ne tolère pas leur religion. Jusqu’alors, RJ cachait ses penchants, vivant une relation depuis plusieurs années avec une fille bien sous tous rapports. Mais alors que Chris se risque à l’embrasser, c’est l’explosion. Ils se doutent que la liaison qui s’entame pourra leur causer bien des problèmes mais ne résistent pas…

confessions film gay

Confessions peut d’abord rebuter par son apparence assez cheap. Si la photo n’est pas particulièrement soignée, la mise en scène est pourtant plutôt jolie. C’est surtout les qualités d’écriture qui vont permettre à ce premier long de sortir des sentiers battus et de devenir l’une de ces romances interdites qui ne manquent pas de provoquer l’émotion. Utilisation intelligente et sensible de la voix off, dialogues réalistes et pudiques, final intense : Jon Garcia délivre une œuvre universelle à travers la quête identitaire de ses deux jeunes héros pris entre religion et sentiments. Comment accepter son identité, sa sexualité, quand toute notre vie est articulée autour d’une religion qui condamne ce que l’on est ? RJ et Chris vont malgré eux se retrouver face à un terrible dilemme : choisir entre leur passion pour la religion au détriment de leur nature, leur vérité profonde, ou devoir tirer un trait sur tous les fondements de leur éducation pour tenter de se reconstruire.

L’alchimie entre les deux comédiens principaux est très forte et la caméra capte et transcende leur beauté discrète. La love story fonctionne mais surtout il émane de l’ensemble quelque chose de profondément humaniste. A travers leur prospection de nouveaux adhérents, les deux jeunes mormons rencontrent des personnes parfois surprenantes, dans le bon comme dans le mauvais sens. Au fil des discussions, ils arrêtent de réciter leurs discours pour écouter les convictions ou les histoires intimes de certains prospects. Ils vont ainsi à leur plus grande surprise se lier avec un ancien soldat un brin dépressif, qui va leur donner une petite leçon de vie. Croire en une religion est une chose mais l’essentiel c’est avant tout de croire en soi-même, de tenter de se construire en écoutant ce que dicte son cœur, nous dit avec une sincérité désarmante ce film délicat. Une belle surprise.

CONFESSIONS : Le testament d’amour

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Confessions ayant connu un joli petit succès lors de sa présentation en festivals et à travers sa sortie DVD, Jon Garcia a décidé d’y consacrer une suite, sous-titrée «Le testament d’amour ». S’il existe par lui-même et se regarde sans mal en ayant pas forcément suivi le premier chapitre, il est tout de même conseillé de regarder les deux films à la suite, tant l’attachement aux personnages est fort.

Cette deuxième partie nous propose de retrouver les personnages 5 années plus tard. RJ et Chris ne sont plus ensemble. Ils ne sont même plus en contact. Suite à son coming out, RJ n’a pas pu poursuivre son engagement religieux et s’est reconstruit. Il vit désormais en ville, à Seattle, travaille comme journaliste et écrit ponctuellement des romans. Même s’il assume désormais son homosexualité, il reste en lui une part de culpabilité, de douleur sourde. Il continue de prier, reste attaché aux textes qui l’ont construit.

Mais, même s’il vit une nouvelle romance avec un garçon sensible et attentionné, sa tête et son cœur sont ailleurs. Il n’arrive pas à oublier Chris, son premier amour. Du jour au lendemain, ce dernier ne lui a plu donné de nouvelles, laissant ses lettres sans réponse, refusant de le voir. Chris a suivi le chemin inverse : pour ne pas froisser sa famille et sa communauté, il a accepté de faire un énorme travail sur lui et de laisser ses désirs homosexuels au placard. On le retrouve marié à une très belle et douce jeune femme, père d’un enfant, poursuivant son investissement dans son Eglise tout en gagnant très bien sa vie via un travail qui à l’évidence ne l’épanouit pas particulièrement. A force de vouloir se convaincre qu’il était heureux, il a fini par se persuader de l’être.

Sa petite routine est bousculée quand il apprend la mort d’un ami qu’il avait en commun avec RJ (l’ancien soldat / personnage marquant du précédent film). Il se rend aux funérailles et se retrouve nez à nez avec celui qu’il a cherché à fuir pendant ces longues années. RJ veut parler, a besoin de comprendre. Chris se braque, violemment, refusant de « replonger ».

Ces retrouvailles tumultueuses vont profondément ébranler les deux anciens amis. Chris commence à suffoquer dans sa petite vie d’hétéro factice, RJ réalise qu’il ne peut pas vivre, être libre, sans avoir l’occasion de se confronter à celui qui lui a brisé le cœur. Et voilà que RJ débarque à l’improviste dans la bourgade où réside Chris. Peu à peu, ils vont renouer le contact. Une deuxième chance se présente alors à Chris, qui lui permettrait de ne plus renier celui qu’il est vraiment. Mais outre le fait de prendre le risque de perdre le soutien de sa famille et de sa communauté, il sait qu’entrent désormais en jeu sa femme et son enfant… Aura-t-il le courage de tout casser, de peut-être faire du mal autour de lui, pour enfin se réaliser et vivre son vrai grand amour au grand jour ?

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On pense beaucoup à Brokeback Mountain à la vision de ce deuxième volet de Confessions. Bien entendu, la forme est nettement plus modeste, les moyens aussi. Quelques problèmes de son pointent le bout de leur nez, le montage manque parfois de fluidité… Mais une fois encore, la belle plume de Jon Garcia touche droit au cœur.

Le testament d’amour se révèle même, les enjeux étant plus nombreux, encore plus puissant que son prédécesseur. Difficile de ne pas se laisser émouvoir, de ne pas vibrer avec les protagonistes alors que se joue une romance à la fois pure et passionnelle. Le projet parvient ,par sa force narrative, à transcender son canevas de coming out douloureux et tardif pour embrasser avec une énorme sensibilité le genre du mélodrame.

Le charme et la finesse des acteurs, la bande-originale parfaitement élaborée (on trouve un morceau de Active Child, on découvre James & Evander grâce au titre « To wait »), achèvent de transporter le spectateur dans un ailleurs diablement romantique. Cela dure deux heures et on ne voit pas le temps filer, pris dans la spirale des doutes et des rêves fragiles des jeunes héros, de la difficulté de leur entourage à admettre ce qui pour eux et leur religion est inacceptable. Un petit tour de force émotionnel pour un film généreux et terriblement attachant.

Confessions et Confessions : Le testament d’amour sont disponibles sur la plateforme de films LGBT Queerscreen 

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