« Élite » : pourquoi la saison 4 de la série Netflix est aussi importante que lassante

Moins jouissive qu’à ses débuts, Élite montre des signes d’essoufflement avec une saison 4 très hot, certes, mais en-deçà de nos espérances. Pour autant, la série espagnole sait se montrer progressiste et éclairée sur des sujets majeurs et ça, on ne le boude jamais.

Depuis le 18 juin, la température a grimpé d’un cran. Pas seulement au sens propre, avec le début de l’été, mais aussi grâce à la quatrième saison d’Élite débarquée sur Netflix. Les ados les plus sexualisés du territoire espagnol ont fait leur rentrée à Las Encinas. Avec au programme, inévitablement, son nouveau lot d’intrigues alambiquées, de déboires sentimentaux, de scènes de sexe torrides et absolument gratuites – mais agréables à l’œil, ne faisons pas la fine bouche.

Nouveaux visages, sexe à gogo

Après avoir officialisé le départ de plusieurs personnages phares – comme la marquise et Lucrecia, à jamais dans nos cœurs –, cette saison 4 fait le plein d’élèves inconnus au bataillon, venus pour faire trembler les couloirs du lycée. À commencer par Patrick, le nouvel apollon incarné par l’influenceur Manu Ríos. Tout juste arrivé, il met très vite son grappin sur Ander, lorgnant éhontément sur son kit trois-pièces dans les douches communes. Assez rapidement, le twink s’immisce dans le couple que forme sa target avec Omar. Son inclusion dans la série permet de questionner la notion de couple libre, mais également de trouple. Un point positif.

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Malheureusement, ce développement narratif, comme tant d’autres cette saison, peine à convaincre. D’une part, parce que les personnages d’Élite s’apparentent à de vraies girouettes : leurs réactions paraissent souvent sorties du chapeau, leurs avis changent d’une scène à une autre. Pour la faire courte, les ados de la série n’ont aucune constance, ni consistance. Pire encore, il semblerait que les scénaristes aient voulu doubler le quota de scènes de sexe afin de compenser les failles du script.

Le consentement mal abordé

Mais aussi torrides que puissent être ces passages, certains peuvent s’avérer malvenus à destination d’un public adolescent. Comme cette séquence où Omar décide de prendre Patrick à part pour lui enjoindre de se tenir loin de son couple. Leur échange houleux et la tension sexuelle qu’il génère entre eux aboutit en une scène de sexe brutale où Omar finit par le prendre, littéralement, de façon très brutale sur une table. Un passage qui évoque vaguement la scène de coït entre Cassie et McKay dans la série Euphoria, dans le sens où elle expose la zone grise du consentement. Sauf qu’ici, on n’y revient pas.

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Le cœur de cible d’Élite étant foncièrement jeune, on grince de voir la série lui claquer un rapport aussi violent sans autre forme de questionnement. Il ne semble en effet y avoir ensuite aucune répercussion, psychologique par exemple, sur les personnages concernés. En banalisant cette scène, la série hispanophone fait passer pour glamour et sexy un rapport sexuel qui devrait plutôt soulever quelques questions. Mais heureusement, elle vise bien plus juste ailleurs…

L’exception de la prévention

Côté jambes en l’air, vous l’aurez compris, Élite sait faire un bon coït. Et quand ils sont mieux fagotés que le sus-cité, ces passages peuvent se révéler très stimulants et même étonnamment pédagogues. Au fil de la saison, deux des scènes de sexe mettent ainsi en évidence l’usage de préservatifs, dans un rapport hétéro puis dans un rapport homo. Rares sont les récits de fiction à montrer explicitement leurs personnages avoir recours à des méthodes de protection/contraception. Ce genre d’inclusion a priori anodine fait donc la différence, d’autant qu’Élite montre que l’utilisation de capote rime sans problème avec du sexe bien hot.

Crédit photo : Netflix

En parallèle, cette quatrième saison se frotte à la thématique éminemment actuelle du chemsex. Le petit nouveau Patrick est un habitué de la scène clubbing et propose, au cours d’une soirée endiablée, à Ander de consommer du GHB. Si le blond refuse, Patrick en prend. Un épisode plus tard, voilà qu’il surdose et finit par tomber dans les pommes en plein milieu de la boîte. Bien qu’Élite eût pu davantage mettre l’accent sur les dangers du chemsex à travers un arc narratif plus étendu et creusé, il faut tout de même accorder des points bonus à la série pour s’être au moins emparée du sujet.

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Une affaire de bisexualité

Si le hit espagnol de Netflix faisait déjà beaucoup en termes de visibilité gay depuis son lancement, voilà que les lesbiennes et les bies sont enfin représentées. Parmi les nouvelles recrues de Las Encinas, Mencía. Cette rebelle dans l’âme tape dans l’œil de Rebeca, jusqu’alors identifiée comme hétéro. Elles se rapprochent très vite et l’alchimie est palpable. Tout comme Omar et Ander, les deux héritent de scènes de sexe brûlantes. Mais ce n’est pas ce qu’on retiendra de cette intrigue entre deux femmes bies.

Un autre aspect est bien plus frappant : l’acceptation que reçoit Rebeca alors qu’elle découvre cette nouvelle facette de sa sexualité. En effet, aucune question intrusive ne lui est posée, aucun de ses proches ne se permet de la juger. Là où un personnage masculin hétéro lambda aurait eu mal à sa virilité, son ex, Samuel, se montre d’emblée encourageant. Un regard moderne qui, faisant de la bisexualité de Rebeca un non-sujet, contribue à consolider dans la jeunesse l’acceptation des identités LGBTQI+.

Crédit photo : Netflix

Finalement, avec désormais quatre saisons au compteur, la série espagnole de Darío Madrona et Carlos Montero continue, en misant davantage sur la forme que sur le fond, d’être un plaisir coupable efficace. Elle fonctionne simplement un peu moins dès lors qu’elle zappe une cohérence narrative au profit de scènes de sexe gratuites, tout excitantes et éveillées soient-elles. Alors qu’une saison 5 est déjà dans les tuyaux, on espère qu’Élite saura à l’avenir mieux concilier plastiques de rêve et script en béton.

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