La Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté alerte sur la sécurité des personnes trans en prison

La Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté alerte sur la prise en charge des personnes transgenres en prison. “De petits efforts sont réalisés, mais les droits sont mal respectés”, dit Dominique Simonnot à TÊTU.

“De nombreuses difficultés rencontrées par les personnes transgenres privées de libertés révèlent les problèmes plus généraux auxquels les autorités peinent à faire face”. C’est par ces mots que la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) appelle à mieux prendre en charge les personnes transgenres en détention, dans un avis publié au Journal Officiel ce mardi 6 juillet. Elle veut alerter sur les droits non-respectés des détenu·e·s transgenres.

“Il y a 20 ans, j’avais écrit un papier dans Libération titré : ‘Quand on était muté au D5 (le quartier dédié aux personnes trans à Fleury-Merogis), c’était pour se faire sucer’. Un surveillant avait prononcé cette phrase terrible. Ils allaient y recevoir des fellations en échange de petits avantages, sous de gros rires gras. Les choses ont avancées depuis, mais il reste encore beaucoup à faire”, dit à TÊTU Dominique Simonnot, ancienne journaliste aujourd’hui à la tête de l’institution. 

“Les droits sont mal respectés”

La CGLPL fait neuf recommandations pour mieux accueillir les détenu·e·s transgenres. Parmi elles, une formation des professionnels intervenants dans les prisons. “La compréhension de la transidentité, ce n’est pas encore à la portée de tout le monde. De petits efforts sont réalisés, mais les droits sont mal respectés. Il faut aller plus loin avec un cadrage concret”, souffle la contrôleuse des prisons. Actuellement, la pénitentiaire ne sait même pas combien elle accueille de détenus transgenres, “comme dans la population générale”, ajoute la contrôleuse.

Les personnes transgenres sont-elles en sécurité ? “Pas toujours”, déplore Dominique Simonnot. Les personnes transgenres sont plus fragiles. L’institution devrait faire bien plus attention à elles”. “Si l’approche du personnel se veut empreinte de bon sens et respectueuse des règles, la prise en charge (…) est souvent attentatoire aux droits fondamentaux des personnes transgenres”, indique l’avis. Accès aux soins, à la transition de l’état civil, respect du genre pour la fouille… L’avis dénonce de nombreuses atteintes. Les surveillants de la prison mégenrent régulièrement les détenu·e·s, quand ils ne prononcent pas des propos transphobes.

Des personnes parfois placées à l’isolement

Les personnes transgenres sont régulièrement affectées dans des quartiers qui correspondent à leur sexe et non à leur genre, déplore le texte rédigé par Kevin Chausson et Sara-Dorothée Guérin. “Le malheur, c’est qu’une femme avec un pénis sera affectée chez les hommes. De fait, on la prive de ses objets féminins comme le maquillage ou des vêtements de femmes”, regrette Dominique Simonnot. Elle regrette que parfois, les personnes trans sont placées à l’isolement ou dans un quartier spécifique afin de garantir leur sécurité. “Ça part d’un bon sentiment. Mais l’isolement, peut rendre dingue aussi. Peut-être que certaines personnes préfèrent, mais il faut leur demander”.

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La détention est également dénoncée comme un frein à la transition. “Il est fréquent que les personnes transgenres ne bénéficient pas immédiatement de la poursuite de leur traitement hormonal. (…) Ces retards se cumulent quand les personnes passent successivement d’un lieu d’enfermement à un autre”, regrette l’avis. “Si l’assouplissement des règles permettant d’obtenir un changement de prénom ou de sexe à l’état civil a élargi le spectre des personnes pouvant prétendre à une reconnaissance administrative de leur genre, certaines en demeurent en pratique exclues”, poursuit le texte. Mais, reconnaît la contrôleuse, ces recommandations, “ça ne va pas sans un changement profond de la société”.

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Crédit photo : Mercedes Mehling / Unsplash

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