Luc, candidat dans « The Voice » : « Mes parents m’ont mis à la rue parce que j’étais gay »

Ce samedi 27 février, Luc Laversanne, 30 ans, tâchera d’impressionner les juges de “The Voice” sur TF1. Une petite victoire pour cet artiste ouvertement homosexuel, qui revient sur son parcours tumultueux dans un témoignage inspirant.

Je pense que j’ai toujours su que j’étais homosexuel. Mais j’ai réussi à mettre les mots dessus grâce à TÊTU. Ce n’est pas une blague. Je partais chez mes grands-parents en vacances et j’ai décidé d’acheter des magazines pour la route. Je devais avoir 13 ans.  C’est là pour la première fois que j’ai entendu parler de “coming out”. Une fois arrivé chez mes grands-parents, j’ai tout raconté à ma cousine. Mais je savais très bien que ça allait mal passer auprès de mes grands-parents et de mon père. C’est un sujet qui n’a jamais été mis sur la table. Jamais. Et quand on ne parle pas d’un sujet, on ne sait pas comment les gens vont réagir. J’ai eu peur de la réaction de ma famille. Ma cousine a toujours gardé le secret. Je pense qu’elle savait aussi qu’il ne fallait pas le dire.

Quand je l’ai annoncé à ma mère, elle m’a dit “tu fais tes valises et tu te casses”. Je devais avoir 19 ou 20 ans. Mon père, je ne lui ai pas dit. J’ai essayé de lui faire comprendre à une époque et il m’a dit que j’étais encore dans une phase “où je me cherchais”. Je crois que c’est la réponse pour tout parent mal à l’aise avec ça, et qui veut se protéger de sa réponse définitive.

Ma mère m’a donc mis dehors. À ce moment-là, mon frère  m’a dit de venir à Valence, en m’assurant qu’il avait une maison et qu’il pouvait m’héberger. J’étais choqué : le plan paraissait juste parfait. Quand je me suis réveillé dans cette maison, j’ai réalisé que c’était un squat. Deux jours plus tard, mon frère s’était barré avec ma carte vitale, ma carte bancaire, mon chéquier… Je me suis retrouvé à découvert. Je n’avais plus rien. J’étais dans la merde.

J’étais au début de ma vingtaine. J’ai alors été aidé par d’autres SDF. Ils avaient plus qu’un cœur sur la main, ils en avaient des dizaines. Ils m’ont dit : “si tu veux manger, il faut que tu viennes faire les poubelles avec nous”. C’est là qu’on se rend compte du gaspillage alimentaire. Mais ça m’a ouvert les yeux sur plein d’autres choses. Sur les hommes, sur les femmes, sur l’être humain en général. Et ça m’a changé. La rue m’a changé. Oui, ça a été une mauvaise expérience mais elle m’a procuré du bien.

À LIRE AUSSI : 5 questions à Papa Drag, le chanteur gay en talons qui va enflammer « The Voice »

Quand je suis sorti de la rue, je devais avoir entre 25 et 26 ans. J’ai trouvé un travail dans une franchise de restaurants. Un CDI. Mon tout premier CDI. J’ai réussi à trouver un appartement que j’ai gardé pendant un an. Et puis j’ai rencontré des circassiens à Valence, dans un festival qui s’appelle Vice et Versa. Je leur ai promis de venir les voir à Montpellier. J’étais censé venir trois jours, je suis resté une semaine. Puis, je suis revenu quinze jours. Enfin, j’ai emménagé dans cette ville parce qu’elle m’a sauvé la vie dans un sens. J’y vis encore aujourd’hui. J’ai trouvé un autre job dans la restauration. Depuis, je n’ai rencontré que des gens merveilleux qui m’ont tendu la main et je n’ai pas envie de les décevoir.

La musique, ça a été comme un exutoire. C’est avec elle que je ris, c’est avec elle que je pleure. Je baigne dedans depuis que je suis petit. Je viens d’une famille de musiciens : mon père était professeur de musique, mes frangins en faisaient aussi. Personnellement, j’en fais depuis mes cinq ans. Quand faire les poubelles ne suffisaient pas, je jouais du trombone dans la rue. Je partageais l’argent que je récoltais avec mes amis de rue. Le chant est venu plus récemment, grâce à un pari. Un ami m’avait demandé à la dernière minute de réunir un orchestre pour un petit événement. Le hic, c’est qu’on n’avait pas de chanteur. Alors, j’ai chanté. Et j’ai décidé de continuer.

The Voice, c’est arrivé tout à fait par hasard. J’enregistrais “The Rains of Castamere” de Game of Thrones avec un ami à moi. Il me dit alors “on se voit ce soir ?”. C’est là qu’il m’apprend qu’il y avait les présélections de The Voice dans un bar de la ville. On a alors couru pour s’inscrire et il m’a accompagné à la guitare parce que je n’avais pas de bande-son.

À LIRE AUSSI : Un candidat viré de « The Voice » après d’anciens tweets homophobes et racistes

Grâce à The Voice, j’espère pouvoir vivre de la musique. J’espère avoir une voix dans la communauté LGBT. J’espère lutter contre les inégalités et faire entendre ma voix, que ce soit musicalement ou socialement. J’ai vu des choses injustes en vivant dans la rue et c’est quelque chose que je ne supporte pas. J’ai envie de me battre contre ces injustices. D’être une voix pour les jeunes LGBT qui ont une histoire similaire à la mienne ? Pourquoi pas. Mais à ma manière. Je veux que ce soit de la thérapie par le rire et par la chanson. On en a marre de faire la gueule. Aujourd’hui, on a envie de sourire.

Crédit photo : Bureau 233 / ITV / TF1

L’article Luc, candidat dans « The Voice » : « Mes parents m’ont mis à la rue parce que j’étais gay » est apparu en premier sur TÊTU.