« Ma transidentité n’est pas une question » : Jena Selle, candidate Insoumise aux régionales à Paris

Militante de longue date dans le milieu LGBTQI+, Jena Selle se lance en politique. Pour les élections régionales, la candidate est 7e sur la liste de La France insoumise à Paris. Elle a accepté de nous rencontrer dans la dernière ligne droite de sa campagne avant le premier tour, ce dimanche 20 juin.

Sur sa cheville niche une cigogne. “J’ai fait ce tatouage quand on a pris la décision d’avoir un enfant avec ma compagne”, nous explique Jena Selle. À l’âge de 43 ans, la voilà candidate pour les élections régionales 2021 à Paris, dont le premier tour a lieu ce dimanche 20 juin. Engagée sur la liste de La France Insoumise (LFI), elle y est septième : une position éligible qui la rend fière.

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Militante LGBTQI+ depuis vingt ans, Jena Selle s’est détournée du milieu associatif en 2019.Je devais expliquer à des alliés gays mon quotidien de femme trans. Je passais plus de temps à les éduquer qu’à lutter pour l’égalité des droits. Ce n’était plus possible.”

Peu de femmes sont présentes au bureau de l’association où elle milite alors, aucune personne trans, et la sensation de ne pas avoir de place ne la quitte plus. Entre fatigue et déception, elle prend la décision de partir, quittant les militants avec lesquels elle s’était battue en 2013 pour le mariage pour tous·tes et l’ouverture de la PMA à toutes les femmes.

Elle se rend alors quotidiennement dans les tribunes de l’Assemblée nationale pour écouter les débats concernant le projet de loi bioéthique : Tous les jours, après mon travail, j’allais écouter les député·es débattre, se souvient-elle. Et tous les jours, j’avais envie de leur arracher le micro et de leur dire qu’ils ne pouvaient pas parler comme ça de nos corps et de nos parcours.”

Un programme coconstruit

Que faire alors de cette colère qui monte en elle ? De cette envie de faire bouger les lignes ? Devenir députée ? Trop loin, trop compliqué. Retourner dans le milieu associatif ? Trop chronophage, et des résultats souvent difficiles à mesurer. Dans son quartier parisien, Jena Selle entend que les listes pour les élections municipales de 2020 commencent à se construire. Le temps de sonder son envie de se battre et la voilà qui contacte La France insoumise, qu’elle rejoint d’abord comme militante puis comme candidate sur leur liste du 19e arrondissement. “Ce que j’ai aimé chez eux, c’est que le programme politique est écrit avec les personnes concernées. Il ne vient pas d’en haut, il est coconstruit.”

Sur les marchés ou à la sortie des métros, elle part à la rencontre des électeur/trices et découvre un environnement safe et agréable où sa transidentité n’a jamais été une question. “À moment donné, dans une réunion, j’ai dit que j’étais une femme trans – parce que j’avais peur des attaques des terf [féministes radicales qui excluent les personnes trans de leur lutte, ndlr]. Cela a duré trois minutes. Ils m’ont remerciée de leur avoir fait confiance, et c’était terminé. C’était très émouvant et, depuis, personne n’a été intrusif et n’est venu me poser des questions.”

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Les derniers mois de campagne sont éprouvants, le Covid-19 fait son apparition et Jena Selle commence à confectionner des masques pour toute l’équipe et pour sa famille, qui travaille dans le milieu médical. La France insoumise ne remportera pas cette municipalité-là, ce qui n’empêchera pas Jena Selle de continuer à militer avec elleux.

Un coming out très doux

Un an plus tard, Jena se trouve en septième position pour les élections régionales à Paris et se félicite de la visibilité que sa candidature donne aux personnes trans, peu nombreuses en politique. “C’est important d’être visible, de montrer qu’on est là, mais c’est important aussi que ma transidentité ne soit pas l’unique programme politique que j’aie à proposer. Pour moi, c’était aussi important de ne pas porter que des sujets LGBTQI+.” Être élue lui permettrait d’avoir un véritable impact sur le quotidien des personnes, fait-elle valoir, notamment sur les questions de santé ou de transports.

“Je préfère avoir une nièce heureuse qu’un neveu malheureux.”

En s’engageant publiquement en politique, Jena Selle veut aussi montrer la pluralité des parcours trans, qu’elle met en avant dans son podcast Nos voix trans.Aujourd’hui, tout va bien pour moi. Dans ma famille, à mon travail comme assistante de direction ou à La France insoumise, ma transidentité n’est pas une question.” Son coming out, elle le fait en envoyant une longue lettre à sa famille, dans laquelle elle se raconte et donne des noms de livres, séries et podcasts pour qu’ils comprennent qui elle est. “C’était un coming out très doux, et ma tante m’a dit : ‘Je préfère avoir une nièce heureuse qu’un neveu malheureux.’ Tout était dit. J’étais très émue et très touchée”, raconte-t-elle.

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Née dans une famille de réfugié·es vietnamien·es, elle dit mesurer la joie que lui procure ce soutien, qui la porte et l’encourage à continuer son combat. Pour la première fois, ils vont pouvoir voter pour moi, et, sincèrement, j’en suis très fière.” Avec tendresse, elle parle de son frère brancardier, de sa sœur médecin urgentiste, et de cette mère qui la couvre d’amour et d’affection. “Je suis très bien entourée, ils sont ma force.”

Le début d’un combat pour la PMA

Une fois la campagne terminée, Jena Selle veut prendre du temps pour devenir maman avec sa compagne. Elles entament ensemble un parcours de PMA à Bruxelles, car, en France, le projet de loi bioéthique n’est toujours pas adopté. Le Sénat continue à jouer la montre, et les personnes trans restent exclues d’une éventuelle PMA pour les couples lesbiens.

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“Mon désir de devenir mère est né durant ma transition, en 2013. J’ignorais alors comment allaient évoluer les débats en France, et j’ai décidé de faire conserver mes gamètes en France et en Belgique.” Toutes deux ont commencé les allers-retours à Bruxelles quand les voyages ont de nouveau été autorisés. Il leur faudra attendre juillet pour savoir si leur projet de grossesse est accepté par les médecins belges. D’ici là, Jena espère la victoire de La France insoumise et rêve d’une PMA vraiment pour tous·tes.

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