Rencontre avec les jeunes prodiges de « We Are Who We Are », la série du réalisateur de « Call Me By Your Name »

Après sa diffusion outre-Atlantique, la fiction adolescente de Luca Guadagnino débarque enfin en terres françaises sur Starzplay. TÊTU a pu échanger avec ses deux jeunes têtes d’affiche, Jack Dylan Grazer et Jordan Kristine Seamón.

En 2020, alors qu’on était plus ou moins occupés à faire du pain maison, Luca Guadagnino, lui, a fait une série. Le réalisateur acclamé de Call Me by Your Name s’est associé avec HBO pour produire We Are Who We Are, une fiction avec l’Italie en toile de fond, où deux ados résidant sur la même base militaire sont en pleine crise identitaire. Un récit intimiste, exigeant, sensible qui se distingue aisément des teen dramas habituels. Alors que la série débarque dans notre Hexagone grâce à la plateforme Starzplay, on a pu discuter de son importance avec Jack Dylan Grazer et Jordan Kristine Seamón, ses deux stars prometteuses qui crèvent l’écran. Rencontre.

We Are Who We Are parle d’identité, qu’elle soit sexuelle ou de genre. En tant que comédien·ne·s, qu’est-ce qui vous a inspiré·e·s pour interpréter vos personnages ?

Jack Dylan Grazer : Ma propre génération, je dirais. Plus rien n’est simple aujourd’hui. C’est à la fois une bénédiction et une malédiction, selon moi. Mais je trouve que la série parvient à très bien capturer cette ambivalence.

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Jordan Kristine Seamón :  Quand j’ai décroché le rôle de Caitlin, j’ai essayé de parler à un maximum d’amis qui avaient rencontré les mêmes questionnements sur leur identité de genre. Mais la plupart du temps, j’ai joué et réagi de la même façon que j’aurais réagi moi-même dans la vraie vie. Parce que je traversais les mêmes choses qu’elle.

Crédit photo : Starzplay

Qu’avez-vous appris en incarnant vos personnages respectifs ?

JDG : J’ai beaucoup appris sur moi et sur l’univers tout entier [rires]. En tant qu’acteur, je dirais que j’ai appris sur mes capacités et comment il faut jouer un personnage avec un tas de nuances. En tant que personne, j’ai fait au mieux pour prendre mes distances de Fraser mais il m’a contraint à me poser les mêmes questions qu’il se posait lui-même : qui je suis ? Qu’est-ce que je veux ? Qu’est-ce qui m’attire ?

JKS : Caitlin traverse beaucoup de choses et elle m’a fait prendre conscience que j’étais reconnaissante d’avoir une famille et des amis qui m’aiment et qui m’acceptent. Je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde.

La série parle aussi de l’adolescence. Compareriez-vous son approche à celle d’autres séries pour ados ?

JDG : Elle est incomparable à quoi que ce soit. Enfin, je n’ai jamais vu une série pareille avant.

JKS : Je ne veux pas paraître biaisée mais j’aime l’approche de notre série parce que la plupart des ados dedans sont joués par des ados ou des jeunes qui viennent tout juste de quitter l’adolescence. Ce qui n’est pas toujours le cas avec les séries de ce genre. Je ne dis pas qu’ils ont tort de caster des acteurs plus âgés, simplement que ça enlève une certaine authenticité.

Y a-t-il des séries ou des films pour ados qui vous ont aidé·e·s à mieux comprendre votre identité à cet âge-là ? Quelles sont vos références ?

JDG : Peut-être Kids de Larry Clark. C’est un sale type mais j’adore son travail. Je dirais que Ken Park est plutôt cool. Je pense aussi à Dazed and Confused. Mais ce sont des vieux films. Je ne vis pas dans ma génération [rires]. Même si c’est surtout elle qui m’a aidée à me façonner et me comprendre.

JKS : Je dirais Euphoria. Elle ne m’a pas forcément aidée à naviguer dans la vie mais elle sortait quand on filmait la série donc je pense qu’elle m’a un peu influencée. Sinon côté séries, j’ai toujours aimé celles qui te donnent des vraies conseils à appliquer. Je suis une vraie lectrice donc j’ai besoin d’une liste pour qu’on me dise quoi faire. Je n’ai pas de liste en ce moment, donc c’est plus compliqué [rires].

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Crédit photo : Starzplay

Travailler avec Luca Guadagnino, c’était comment ?

JDG : En un mot, cet homme est un prodige. Un génie. Après avoir bossé avec lui, je lui demandais son avis dès que je finissais de regarder un film. Peut-être que je l’avais aimé et il se mettait à dire [Il imite l’accent italien.] “c’est de la merde pour hipsters, je déteste ce film”. Je lui disais alors que moi aussi. Son jugement, c’est le jugement ultime. Il sait tout sur le cinéma, je n’y connais rien [rires]. En tout cas, c’était une joie de bosser avec lui.

JKS : C’était incroyable. Il est tellement talentueux. J’avais vu Call Me by Your Name sans savoir qui était le réalisateur. Quelques années plus tard, voilà que je bosse avec lui. Son attention au détail est bluffante. Il m’a vraiment motivée à m’essayer un jour à la réalisation.

Laissait-il une place à l’improvisation sur le tournage de la série ?

JDG : Beaucoup de place, en vérité. Il nous laissait de l’espace pour jouer avec nos personnages, les apprivoiser et les laisser s’exprimer aussi loin qu’on le désirait. Il n’y avait pas de barrières. Luca était très acceptant sur ce point.

JKS : Carrément ! Luca était très ouvert à l’idée de tester des choses et c’est quelque chose que j’ai beaucoup aimé chez lui. Mais pour ma part, je ne suis pas trop du genre à improviser. Je ne suis pas assez douée, je débute à peine.

Avez-vous l’impression que les ados de la série sont le reflet d’une véritable génération de jeunes ?

JDG : Plus que n’importe quelle série que j’ai pu voir. Parce qu’elle montre que rien n’est parfait. Fraser utilise une métaphore au début de la série : “en surface, tout a l’air impeccable mais sous la base militaire, il y a des bombes à retardement”. Et c’est plutôt représentatif de chaque personnage de la série. Dans la vraie vie aussi, chaque personne est une bombe capable de détoner à tout moment.

JKS : Jusqu’à un certain point, oui. Mais parce que c’est de la télévision, certains choses tombent dans le dramatique pour vous pousser à voir les épisodes suivants [rires]. J’ai l’impression que ma génération est vraiment libre et on prend le temps pour se connaître soi-même et se faire accepter.

Crédit photo : Starzplay

Avec vos propres mots, quel serait le message général de la série ?

JDG : Je dirais qu’elle s’intéresse surtout au voyage à bord duquel on embarque au fil de notre vie et qui nous pousse à un tas de questionnements. Mais le message global donc, ce serait de réaliser que tu ne finis jamais de te comprendre toi-même.

JKS : C’est dur de trouver une réponse à ça [rires]. Je vais te dire le message que j’ai essayé de faire passer avec ma performance dans la série : c’est tout à fait normal et acceptable pour toi de ne pas encore savoir qui tu es. Tu vas apprendre et tu vas tellement grandir, que tu sois jeune comme nos personnages ou plus âgé d’ailleurs.

Au terme de la saison, il y a clairement une porte ouverte pour une éventuelle suite. De votre côté, quel avenir imaginez-vous pour vos personnages ?

JDG : Je ne sais pas trop. Je dirais que Caitlin s’en va à Okinawa. Quant à mon personnage, j’espère qu’il se connaît un peu mieux et qu’il a davantage confiance en lui.

JKS : Je suis tellement contente que tu m’aies demandé ça ! J’imagine Caitlin avec le crâne rasé en train de vivre sa meilleure vie. Je la vois bien être dans l’armée d’ici quelques années. Pour Fraser, je me dis qu’il doit avoir lancé son business dans la mode et qu’il porte toujours son pantalon léopard [rires].

Note : les interviews avec chacun des talents ont été réalisées indépendamment l’une de l’autre.

Crédit photos : Starzplay

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