« Si tu n’aimes pas les gays, ne regarde pas la série » : rencontre avec Josh Thomas

Révélé à l’âge de 18 ans dans son Australie d’origine, Josh Thomas est parvenu à exporter son humour décalé et générationnel avec Please Like Me. L’humoriste revient ce 17 juin avec sa nouvelle série Everything’s Gonna Be Okay, disponible en streaming sur BrutX.

Depuis 2005 – année où il triompha au Melbourne International Comedy Festival –, Josh Thomas fait bon usage de son humour. Un savant mélange de malaise, de bienveillance et de franchise décapante qu’on a pu découvrir dans Please Like Me, pépite australienne encore disponible sur Netflix. Et désormais dans Everything’s Gonna Be Okay (“Tout va bien se passer”). Une nouvelle production, cette fois-ci américaine, où l’humoriste se glisse dans la peau de Nicholas, un jeune entomologue qui prend une décision drastique : quitter le pays des kangourous pour s’installer à Los Angeles et élever ses deux demi-sœurs après la mort de leur père.

Avec son deuxième bébé télévisuel, Josh Thomas narre ainsi l’histoire d’une famille recomposée frappée par la tragédie. Mais, toujours, avec une légèreté qui détonne. À l’occasion de l’arrivée de la série sur BrutX ce jeudi 17 juin, TÊTU s’est entretenu avec le créateur de Everything’s Gonna Be Okay pour parler des origines du projet, de représentation gay et, aussi, de son succès sur Grindr en France… Rencontre.

Comment vous est venue l’idée de Everything’s Gonna Be Okay ?

Josh Thomas : Je voulais une histoire avec un personnage principal autiste. Je voulais aussi une adolescente. Et je ne voulais pas forcément être à l’écran mais les producteurs voulaient que ce soit le cas. Le concept est alors né de ces trois personnages. Avec Please Like Me, on n’a pas vraiment pu parler des années lycée et je voulais me replonger là-dedans. J’ai aussi regardé un documentaire sur les personnes autistes et j’ai tellement pu m’identifier à elles que je voulais les représenter dans ma série. Puis, j’ai réalisé que j’étais autiste donc ça fait sens, finalement.

Vous avez justement révélé que vous étiez autiste en avril dernier via Instagram. Comment pensez-vous que la découverte de votre diagnostic a influencé la série ?

Ça a surtout impacté ma compréhension du personnage que j’incarne, ce qui était assez étrange puisqu’il est inspiré de moi-même. Je dirais que ça a changé ma perspective. Durant la première saison, j’écrivais cette série avec un personnage autiste [celui de Matilda, ndlr] et ça me rendait anxieux. Je ne me sentais pas légitime à raconter cette histoire. Mais pour la deuxième saison [elle n’est pas encore sortie en France, ndlr], après avoir été diagnostiqué autiste, je me suis senti plus en confiance et j’ai pu davantage prendre de risques.

Crédit photo : Freeform

Y a-t-il de grosses différences entre vos personnages, que ce soit dans cette série ou dans Please Like Me, et vous ?

Non, je ne suis pas vraiment doué pour la comédie. Je ne suis pas Meryl Streep [rires]. Je ne peux être que moi-même. Mes personnages me ressemblent beaucoup et ils ont souvent les mêmes positions que moi. Ils réfléchissent peut-être un peu plus que moi avant de parler… Je n’ai pas de filtre, je dis les mots qui me passent par la tête. Dans l’ensemble donc, je dirais qu’ils sont plus doués pour s’exprimer que moi.

Laissez-vous de la place à de l’improvisation sur le tournage de vos séries ?

Non, on se rattache vraiment au scénario. Je n’aime pas trop quand les acteurs se mettent à improviser.

Choisir Kayla Cromer, qui est autiste, pour jouer le personnage autiste de Matilda : c’était une évidence ?

C’était un des rôles que j’ai le plus facilement castés jusqu’ici. On a auditionné 300 personnes pour le personnage. Certaines étaient neurotypiques et prétendaient être autistes mais j’ai détesté ça. C’est comme si ça sonnait faux. Puis, des filles véritablement autistes sont venues passer l’audition et elles étaient toutes excellentes et authentiques. Il y avait une vraie différence.

La télévision marque cruellement de neurodiversité. Pensez-vous tout de même qu’il existe des séries récentes avec des personnages qui ne sont pas neurotypiques ?

Pas vraiment, non [rires]. Mais s’il y avait déjà une autre série avec des personnes autistes, je ne l’aurais pas regardée. Quand je travaille sur ma propre série, je ne veux pas être influencé par d’autres œuvres.

Crédit photo : Freeform

La première saison de Everything’s Gonna Be Okay jongle avec différents thèmes, mais il est surtout question de deuil. C’est un pitch assez lourd mais la série n’est jamais pesante. Comment avez-vous trouvé cet équilibre au niveau du ton ?

Quand quelque chose de triste arrive à une personne autour de moi, je ne l’encourage pas à se morfondre ou à écouter des chansons déprimantes. J’essaie au contraire de lui donner le sourire et de faire preuve de tendresse. Le but n’est pas d’ignorer ses sentiments mais plutôt de lui redonner le moral. Et j’essaie de traiter le public de ma série de la même manière.

“Si tu n’aimes pas les gays, ne la regarde pas. Je ne veux pas avoir à te convaincre.”

Comme dans Please Like Me, la série met en avant un couple gay. Leur relation est absolument banale, sans mélodrames superflus. Est-ce une volonté personnelle, de normaliser autant leur histoire ?

Je ne pense jamais à ça, parce que je suis gay et ça fait tout simplement partie de ma vie. J’aborde juste ces relations de la même manière que j’aborde mes relations dans la vie de tous les jours. En revanche, je devrais peut-être davantage considérer l’expérience hétérosexuelle : dans Please Like Me, on ne voyait jamais des hétéros s’embrasser [rires]. Alors que dans Everything’s Gonna Be Okay, il y a un bisou gay dès les deux premières minutes. Ma mère m’a demandé si je n’aurais pas dû attendre un peu avant d’inclure ce genre de scène parce que ça pouvait rebuter des gens. Et je lui ai répondu que je m’en fichais. Si tu n’aimes pas les gays, ne la regarde pas. Je ne veux pas avoir à te convaincre.

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Toucher un public gay fait-il partie de vos buts ?

Je ne sais pas trop quels sont mes choix. Je suis gay et ma série va forcément l’être aussi. Ma seule option est de faire une série gay et d’espérer que les personnes concernées l’aiment bien.

Une autre romance queer éclot au cours de la première saison entre Matilda et son amie Drea. À quel moment avez-vous décidé de suivre cette voie pour ce personnage ?

Je n’en ai pas pris conscience avant qu’on tourne le pilote de la série. En réalité, c’est très commun pour les personnes autistes d’être gays ou d’avoir une sexualité ou une identité de genre alternative. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Au fond, je savais que je voulais toujours plus de personnages LGBTQI+ dans la série, c’est donc pour ça que cette relation lesbienne est née.

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Concevoir une série aussi bienveillante et inclusive, c’est cathartique pour vous ?

[Il marque un temps de pause.] Pas tout à fait. On a réalisé Please Like Me avec un budget minime à Melbourne. C’était six épisodes par saison, qui reflétaient jusqu’au moindre détail ma vie. Les personnages dans cette série sont bizarres, tout comme moi. On sent fortement que c’est mon point de vue. Je ne m’attendais pas vraiment à ce que certains s’identifient autant à cette série. La plupart des messages que j’ai reçus sont en espagnol ou même en chinois. Le fait qu’autant de gens aient pu s’identifier aux personnages m’a fait me sentir moins en décalage et ça, c’était agréable. Je me rappelle même avoir ouvert Grindr en France et des mecs m’avaient reconnu et voulaient coucher avec moi. Je ne m’attendais vraiment pas à ça [rires].

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Que pensez-vous que les gens vont retirer de Everything’s Gonna Be Okay ?

J’aime le fait qu’on ne puisse pas deviner l’expérience que les gens vont avoir en regardant une série. C’est pour ça que je crée une série avant tout pour moi-même. Et ma volonté initiale était de faire une série que je n’avais jamais vue avant, et que ce soit plaisant de la regarder. Dans Please Like Me, les personnages sont un peu plus méchants donc je trouvais ça agréable de faire une série où tout le monde est bien plus adorable. J’avais envie de faire une sorte de 180°.

Planchez-vous déjà sur une autre série ?

Ma prochaine série sera très différente et je ne jouerai pas dedans. Je ne vois plus l’intérêt d’être à l’écran [rires]. Quand j’avais 17 ans, j’avais besoin de cette attention et de la validation des gens. Mais j’ai 34 ans maintenant, je n’en ai plus besoin. Ça me va très bien de m’asseoir dans mon bureau pendant que la série est en production. Puis, j’en ai marre de me voir sur un écran. Il y a sans doute des gens avec des visages bien plus symétriques que le mien qui peuvent faire ce job à ma place.

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